ROYAUME-UNI: Boris Johnson – Le Bouffon De Sa Gracieuse Majesté

Royaume-Uni
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Ce n’est pas un hasard que mon modem soit tombé en panne au moment de l’annonce de l’élection de Boris Johnson au poste de Premier ministre du Royaume-Uni. D’un seul coup, j’ai été privé de ma connexion haut débit, de télévision et de téléphone. La mise hors tension du modem a détourné mon attention sur d’autres problèmes plus importants que le surf sur la grande toile, dont celui de courir désespérément après mon opérateur pour me remettre en contact avec cette maudite toile.

L’élection de Boris Johnson implique également des détournements. Nous devrons nous détourner de ce qui était censé être fait et nous contenter de ce que fera un chef aussi impuissant que son prédécesseur et infiniment moins poli. Boris Johnson pense qu’être capable de revenir de la Lune avec un minimum de technologie est un signe certain que le problème de la frontière irlandaise peut être résolu avec un jeu de console,

S’ils pouvaient utiliser un code informatique tricoté à la main pour faire une rentrée souple dans l’atmosphère de la Terre en 1969, nous pourrions résoudre le problème de l’accord commercial souple à la frontière de l’Irlande du Nord.

Ce qui semble être vrai par-contre, c’est que devenir chef du Parti conservateur britannique est tellement plus facile que de peler des pommes de terre. 

Je ne suis même pas fâché qu’il soit devenu Premier ministre. Je suis tout simplement surpris que Boris Johnson soit le meilleur que le Royaume-Uni puisse proposer pour prendre en main son avenir. Seul le temps nous dira comment il se comporte en tant que Premier ministre – si ses adversaires le lui permettent.

Ce qui est inquiétant cependant, c’est qu’après s’être tellement vanté de sa capacité innée à délivrer le Brexit, Boris Johnson est maintenant obligé de tenir ses paroles. S’il ne tient pas ces promesses, il pourrait aussi bien pratiquer son golf et être prêt à rejoindre David Cameron au troisième départ à St Andrews.

Comment se fait-il que nous soyons à court de personalités crédibles pour diriger nos pays? Au bon vieux temps, il y avait des personalités politiques éminentes qui ont également prononcé des sottises et n’ont rien changé à nos sociétés, mais au moins leurs sottises étaient philosophiques et ils savaient lire et écrire sur la politique.

Après avoir purgé la cuisine du 10 Downing Street de ses rats, le nouveau Premier ministre dispose de la “Salle à manger de L’État” (State Dining Room) pour mettre au point ses idées sur le Brexit et inciter ses troupes à se battre contre les infidèles situés de l’autre côté de la Manche. C’est une salle grandiloquente, presque pompeuse, dominée par un portrait du roi George II qui régnait sur l’Empire britannique à son apogée. La présence du monarque garantit que l’odeur dorée d’un impérialisme sans pareil reste intacte et enivre tous ceux qui osent entrer dans la salle. C’est aussi la preuve irréfutable que le soleil ne s’est jamais couché sur un empire qui, pour certains du moins, n’a jamais cessé d’exister.

Boris Johnson méditera sans doute sur la manière de créer une frontière virtuelle pour les Irlandais, d’empiéter sur la liberté de circulation et d’assouplir les droits des travailleurs – le tout dans le but de produire un pays dont la société sera basée sur une sélection naturelle à la Charles Darwin, une mise à jour de la philosophie utilitaire de John Rawls et une assistance publique dirigée par Amazon.

C’est un cap dangereux vers lequel le Royaume-Uni se dirige et le royaume de sa gracieuse majesté souffre d’une pénurie chronique d’alternatives crédibles et d’une absence d’opposants politiques et sociaux puissants. La cour royale dispose désormais d’un bouffon qui vient de recevoir les clés du 10 Downing Street.

Le manque d’opposition au Royaume-Uni et l’abondance de passivité polie permettront sans doute à la vision de Boris Johnson de s’immerger dans les eaux déréglementées du royaume après le Brexit et de se prélasser au soleil américain pour devenir réalité. Les Français auraient depuis longtemps mis feu à leurs vieux pneus de voiture dans les rues du pays – cela n’aide en rien bien sûr, mais au moins c’est une tentative de remettre l’État sur le droit chemin.

Boris Johnson est son propre ennemi. En promettant l’impossible, il s’est mis dans un coin d’où il ne peut s’échapper. Alors que nous savons tous ce que signifie être membre de l’Union européenne, le monde qui s’annonce après le Brexit sera totalement inconnu. Il me faudra beaucoup plus que de la confiance en soi, des promesses en l’air et des analogies amusantes pour me convaincre que le Brexit est souhaitable et qu’il fonctionnera. L’Union européenne est peut-être un refuge en manque de rénovations, mais au moins c’est un refuge.

Le pays de mon enfance, dirigé par un bouffon de la reine, risque fort de se casser la gueule hors du sanctuaire européen. Et ça, c’est vraiment navrant.