Gilets Jaunes: Bombe A Retardement Pour Emmanuel Macron?

Macron

 

Emmanuel Macron nous démontre qu’entre les excès d’un populisme dangereux et d’un socialisme décadent, il n’y a plus rien. La France risque de sombrer dans son propre désarroi.

 

Les Français adorent le chaos, se plaindre de tout et de rien, et ont une passion pour descendre dans la rue. Les manifestations de Gilets Jaunes ne sont que les derniers exemples d’une série de défilés, de blocages, et de casse, qui font presque partie du savoir-faire français. J’ai vécu 15 ans en France avant de m’installer aux Pays-Bas, et j’ai été victime maintes fois de camions qui bloquent, de courrier qui n’est pas distribué, et d’annulation de trains au départ de Saint-Etienne. Cela a toujours été mon rêve de jeunesse de vivre en France. Né à Londres, dans une famille franco-britannique, j’ai été lycéen au Lycée Français de Londres, et j’avais hâte de m’installer en France après avoir terminé mes études universitaires. Je ne regrette pas d’être parti à Saint-Etienne, ville où l’on pleure deux fois – une fois en arrivant, et une fois en partant. Et pourtant… En 1999, je suis parti. Depuis, j’ai oublié ce qu’est une grève, une manifestation, et la violence.

Ressemblant aux discours de Facebook, les réactions des manifestants n’ont rien à voir avec la question originale posée. Il s’agissait d’une simple pétition demandant au gouvernement d’abroger la hausse des prix des carburants. La grogne s’est transformée en mécontentement de la vie en général, et de la vie française en particulier. Le mouvement a pris une ampleur politique avec les approbations de Jean-Luc Mélanchon et de Marine Le Pen, qui espèrent tirer profit du malheur et de la frustration populaires.

Ce ne sont pas les adversaires politiques qui devraient faire peur à Emmanuel Macron, mais le fait que le président de tous les Français est assis sur une bombe à retardement fabriquée par un grand nombre de celles et ceux qu’il est censé protéger. Comme l’écrit Charlie Hebdo de manière tout à fait juste, les évènements de mai 68 ont débuté par une simple requête d’étudiants demandant la mixité des dortoirs au sein d’un campus. Macron devrait relire les manuels d’histoire, et se rendre compte qu’une simple demande peut dissimuler un profond mécontentement qui peut faire couler le sang et attiser les flammes.

La société française est fracturée. C’est une fracture qui ne peut pas être soudée par un président condescendant et un peuple sourd. Il n’est plus question d’une poignée de banlieues aux populations issues de l’immigration. Il s’agit du coeur et de l’âme de la France – des pêcheurs, des agriculteurs, des employés ne gagnant que le salaire minimum. Il s’agit de toutes celles et de tous ceux qui font tourner le pays tous les jours de l’année, loin de la grande finance, des multinationales, et des élites. Ce sont ceux qui se salissent les mains pour garder les rues propres. Ils devraient être entendus par un président qui est assis sur son nuage de fausses promesses et de rêves que personne ne comprend.

Emmanuel Macron a comparé le rôle présidentiel à celui du dieu romain Jupiter. Il a oublié que le peuple français pourrait le faire retomber sur terre et le transformer en simple mortel. Il n’a pas compris le pays qu’il gouverne et ne répond pas à celles et à ceux qui ont voté pour lui, ou qui n’ont pas voté, par manque d’alternatives. Et le fond du problème se trouve là – le manque d’alternatives. Les propositions économiques de Marine Le Pen sont encore plus farfelues que son idéologie, et Jean-Luc Mélanchon défend un socialisme démodé qui ne fonctionne plus dans un monde globalisé et connecté au web. Macron nous démontre qu’entre les excès d’un populisme dangereux et d’un socialisme décadent, il n’y a plus rien. La France risque de sombrer dans son propre désarroi.

Comme souvent, il existe bien en France un paradoxe. Les français sont profondément attachés au service public, mais refusent de payer le prix de son maintien. En promettant de supprimer la taxe d’habitation, Emmanuel Macron ampute les collectivités locales d’une source se revenus, sans préciser comment ce manque à gagner sera compensé. Va-t-on assister à une diminution des services publics ou à une augmentation de la dette? La question reste posée, surtout si l’on prend en considération le cadeau fiscal que Macron a fait aux patrimoines les plus riches de France et de Navarre (voir article de Marianne).

Les priorités du président sont claires – les traders priment sur les enseignants. C’est une philosophie dangereuse car, au contraire des Anglais qui ont manifesté leur amertume en votant le Brexit, les Français n’ont que la plus belle avenue du monde pour faire passer le message.

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gskaye