SOCIÉTÉ – Les Mauvais Mots De Twitter

twitter
Reading Time: 3 minutes

Le tweet d’Arron Banks, instigateur du Brexit, dans lequel il écrit en plaisantant que la militante qui lutte contre le changement climatique, Greta Thunberg, n’est pas à l’abri d’un accident de voile lors de sa traversée de l’Atlantique sur un yacht “émission zéro,” est un autre exemple de la façon dont des personnalités utilisent Twitter pour envoyer des messages au monde entier qui sont à la fois odieux et sans importance. Banks insiste sur le fait qu’il plaisantait et qu’il ne souhaitait aucun mal à une adolescente qui crie à haute voix ce que tout le monde devrait dire. Ses commentaires, cependant, démontrent encore une fois un manque de jugement et une quête de sensationnalisme sur les médias sociaux.

Des études montrent que la durée de vie moyenne d’un tweet est de 18 à 24 minutes, ce qui est suffisamment long pour que les politiciens et les autres envoient un message viral qui ne dit absolument rien. Banks lui-même admet qu’il s’agissait d’un tweet sur rien et qu’il ne faisait que profiter, “de la foule ridicule de tweeters après le prochain scandale.”

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Donald Trump a un compte Twitter depuis 2009 qui compte plus de 63 millions adeptes, mais lui-même ne suit que 47 personnes – des membres de sa propre famille, je suppose. Il ressort clairement des tweets qu’il envoie, que son seul objectif est de créer le plus de bruit possible tout en n’écoutant pas les autres.

Les Américains peuvent faire n’importe quoi, aller n’importe où et surpasser n’importe qui.
Personne ne peut nous battre.
Rien ne peut nous arrêter car gagner est ce que font les Américains. “
– Président Donald J. Trump

Quelle est la signification philosophique profonde ou l’importance sociale du tweet ci-dessus que Donald Trump a récemment publié? Cela ne fait que refléter ce que nous savons déjà concernant un président dont l’irresponsabilité et l’impulsivité surpassent sa capacité à émettre une déclaration significative et mesurée. Nous savons tous qu’il veut rendre l’Amérique encore plus forte et réussira probablement à le faire sur le dos de ceux qui sont laissés pour compte par sa politique, et avec l’aide violente de suprémacistes blancs américains.

Twitter a une telle portée, touchant tout le monde possédant un téléphone portable et une connexion Internet, que ses effets peuvent être dévastateurs. Il suffit de quelques minutes à quelques centaines de frappes violentes de clavier pour qu’un message puisse s’infiltrer et déformer l’esprit de ceux dont l’esprit peut être infiltré et déformé.

Le mot écrit doit être valorisé pour ce qu’il est, peu importe la technologie utilisée. La propagation d’un texte – aussi court soit-il – représente une image éternelle d’une idée, une vision d’un rêve ou l’expression de la réalité vue par l’auteur du texte. Mais le mot écrit peut aussi servir à infecter les esprits déjà malades de ceux qui sont les plus vulnérables à son venin potentiel.

On peut faire valoir que le pire de ce qui est écrit a plus de valeur que le meilleur de ce qui ne l’est pas. Néanmoins, même dans ce cas, il faut faire preuve de prudence et de responsabilité pour éviter l’interprétation erronée et prévenir une distorsion d’un texte qui, le plus souvent, a plus de pouvoir qu’une parole mal placée mais rapidement oubliée. Même le tweet de 24 minutes peut être immortalisé en étant sauvegardé sur un disque dur quelque part dans le monde ou en étant partagé sur la toile.

Twitter est devenu un outil politique et journalistique. Son caractère indispensable explique pourquoi il est si largement utilisé. En publiant en permanence des tweets qui font la une des journaux, Donald Trump contourne non seulement les conférences de presse habituelles, mais façonne l’info à sa guise. Ce que le président américain tweet devient l’actualité, à moins que ce soient les journalistes qui, en réalité, manipulent Donald Trump à écrire ce qu’ils veulent entendre. Un tweet d’un journaliste qui porte un coup dur à l’égo de Trump sera rediffusé et commenté par le président, pour devenir un sujet de conversation incontournable car c’est lui le président. Remplacer du “fake news” par du “made news” est tout aussi dangereux.