PÉROU – Les Vacances De Monsieur Nulot

perou

Alors que j’étais assis «confortablement» dans la construction en briques d’adobe que mes beaux-parents péruviens appellent «chez moi», j’éprouvais probablement davantage ce que l’on ressent au Pérou que n’importe quel touriste ayant visité le Machu Picchu. Je ne suis jamais allé à Machu Picchu et je n’ai pas l’intention de le faire. Une des raisons pour rester sur place est que je ne sais pas comment mon corps réagira à être projeté à plus de 5 000 mètres d’altitude avant que mon fils n’ait le temps de dire «high five». Je laisse les autres profiter du sentiment de vacances apaisant associé au mal des montagnes. Quoi qu’il en soit, si les files d’attente à Machu Picchu ressemblent à celles de l’Everest, ma décision d’éviter cet endroit est absolument justifiée.

J’admets de tout cœur que les vacances ne sont pas ma tasse de thé pour la simple raison que le fait d’être stressé du départ à l’arrivée n’est pas mon idée de vacances. La seule raison pour laquelle je vais au Pérou est que ma femme puisse voir sa famille et que ses parents puissent embrasser leur petit-fils néerlandais. Sinon, je serais très heureux de rester chez moi.

Ne vous méprenez pas, j’adore les vacances parce que cela signifie que je n’ai pas à travailler, que je recharge les piles que je remarque seulement sont à plat au cours des derniers jours qui précèdent la pause estivale.

Mais je dois voyager. Tout commence par les valises, en se rappelant de ne pas oublier ma gouttière occusale pour ne pas être puni par trois semaines de grincement de dents. Les documents de voyage se trouvent en toute sécurité près de la porte d’entrée pour ne pas être oubliés. J’ai passé des heures à essayer de télécharger une copie de tous les documents sur mon téléphone portable et à m’assurer qu’ils soient accessibles sans connexion Internet. Tout cela pour oublier mon téléphone portable qui a été laissé sur un tapis péruvien après le chargement des valises dans la voiture. Je ne sais pas comment mon cerveau a soudainement pensé au téléphone lorsque nous sommes passés devant la pharmacie du coin.

Les aéroports sont des aéroports. Après avoir réussi à tomber sur l’unique dépôt de bagages qui ne fonctionnait pas (je me suis demandé pourquoi il était libre), nous avons rampé jusqu’à la Porte Z-75, située à 5 kilomètres de la salle d’enregistrement, dans l’attente d’être applatis en classe super-économique d’un Boeing 727 à destination de Lima. Un peu moins de 27 heures de voyage, y compris 8 heures à Dallas pour attendre la correspondance. Chaque siège de l’avion était réservé et je me suis demandé où diable allaient ces gens et pourquoi ils y allaient.

La réponse fut donnée par un couple de retraités assis à côté de moi. Ils avaient tous deux parcouru l’Europe et visité une demi-douzaine de pays en 21 jours. Ces touristes américains avaient-ils eu un aperçu de la vie réelle des Européens ou avaient-ils réussi à cocher toutes les cases «à voir absolument» et pris juste assez de selfies devant des monuments importants pour impressionner leurs amis?

Mes sincères condoléances vont aux habitants qui ont la malchance de vivre dans les hauts-lieux du tourisme mondial.

Lors de ma visite à Venise (oui, je voyage), j’ai eu un aperçu de ce que signifie réellement être envahi par des essaims de touristes affamés, prêts à faire le tour de tous les recoins du patrimoine étranger. Je me suis senti désolé pour les vrais Vénitiens dont la Piazza San Marco compte plus de touristes que de pigeons et dont les gondoles sont écrasées par de gigantesques navires de croisière bloquant la vue.

Que doivent ressentir celles et ceux qui utilisent quotidiennement les bateaux-taxis de Venise pour se rendre au travail? S’inquiétant pour le premier client de la journée, ils se retrouvent pris en sandwich entre un enfant de douze ans qui pleure, n’appréciant pas le coûteux voyage à forfait pour lequel ses parents ont contracté une deuxième hypothèque, et le touriste japonais qui emporte plus d’appareils photo que vous trouverez chez Darty. Il est trop occupé à prendre des photos pour pouvoir s’imprégner de la douce brise vénitienne.

Et puis, il y a les touristes qui portent avec eux une extension métallique terriblement dangereuse qui peut tuer un homme à quatre pas, avec pour seul objectif de prendre une photo de leur égo sur-gonflé. Le temps est révolu où une mystérieuse  brune aux yeux verts vous demande de prendre une photo menant à un Latte Macchiato au Caffe Florian sur la place Saint-Marc.

Vous avez peut-être compris que je déteste les foules de vacanciers. Ma destination idéale est un coin de verdure avec quelques vaches pour me rappeler que je ne suis pas seul sur notre planète.

Où je me trouvais, près de la ville péruvienne de Pisco, n’est pas un endroit idéal pour ceux qui recherchent une piscine d’hôtel remplie d’eau et d’enfants et un minibar rempli de jus d’orange et de coca. La poussière à l’extérieur, remarquable de par sa présence, s’infiltre dans la cuisine improvisée qui existe depuis des décennies, où le poêle ressemble à celui de la grand-mère de ma grand-mère. Les toilettes extérieures que vous devez purger avec des seaux d’eau sont situées à 70 mètres de nos chambres. Se lever la nuit signifie s’habiller la nuit. Mon seul souci fut que la «tourista» tant redoutée et qui transforme vos entrailles en gelée me laissa tranquille parce que le papier hygiénique ne doit pas être jeté dans le système d’égout primitif. La douche, également située loin de nos chambres, distribue de l’eau tiède et se situe dans une construction qui n’est pas encore terminée.

J’ai réussi à obtenir une connexion Internet plutôt douteuse en utilisant une carte SIM péruvienne, me permettant d’utiliser le téléphone comme point d’accès. Mais l’utilisation de la connexion comporte un risque énorme d’être déconnecté sans avertissement et la connexion est aussi lente que peuvent être les connexions sans disparaître totalement.

Mais que diable. Au fil des vacances, j’ai eu l’impression qu’il y avait des choses bien plus importantes dans la vie que des connexions Internet, un minibar et des piscines en plain air. L’une d’elles est celle d’un Péruvien de 93 ans, qui n’a rien connu de mieux toute sa vie, enchanté de voir son petit-fils qui vit dans un autre monde à des années-lumière du sien. Mon beau-père n’a besoin que de quelques haricots et patates douces qui poussent sur ses terres. Mais c’est un bananier qui pousse près des toilettes de fortune que vous devez purger avec des seaux d’eau. Vous ne trouverez pas de bananier dans les toilettes d’un hôtel Sheraton, et le terrain de mon beau-père avec ses arbres de noix de pécan et ses plants d’avocat vaut bien plus que la Piazza San Marco.