Les Cinqs Salopards Du Brexit Et Les 17 Millions d’Abrutis Qui Les Ont Crus!

J’ai fait exprès d’incorporer le titre du petit commentaire qui est apparu dans le Charlie Hebdo du 20 mars dernier, et qui faisait allusion à cinq petits chenapans qui ont fait chavirer tout un pays. En fait, le Royaume-Uni – et plus précisément l’Angleterre – n’a fallu qu’un petit coup de pousse de nos salopards pour franchir la porte de l’Union européenne et se retrouver au bord de la fameuse falaise de Douvres. De là à quitter l’UE, il n’y a qu’un pas en avant à faire qui ne tardera pas.

J’ai été très touché par le résultat du vote du 23 juin 2016. Non-seulement je n’ai pas eu le droit de participer au référendum – ayant vécu plus de 15 ans hors du pays de sa gracieuse Majesté – mais le résultat du vote pouvait (et peut encore) m’affecter personnellement. La partie française de ma double nationalité me protège des déboires affectant la liberté de circulation des ressortissants britanniques au sein de l’union. Mais mon droit d’exercer ma profession repose sur la reconnaissance de l’équivalence de diplômes universitaires au sein de l’union. En cas du Brexit “no-deal” (sans accord) je serai à la merci d’un accord bilatéral entre les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Rien ne va se passer, bien sûr, et je vois mal les Hollandais jeter des centaines de ressortissants britanniques à la mer du Nord. Mais quand-même!

La campagne du “Leave.EU” (sortie de l’UE) a reçu beaucoup d’argent de nos 5 salopards qui ont la particularité d’être tous milliardaires et amoureux du centre financier de Londres, la City. Certes, sans argent le camp du Leave n’aurait pas pu faire grand-chose. Ils sont donc responsables pour l’efficacité de la campagne contre le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Mais sont-ils pour autant coupables du Brexit?

 

photo: Reuters UK

Non. Ce sont les 17 millions d’abrutis qui se sont laissés bercer par un sentiment de nationalisme et de nostalgie pour un empire britannique déchu depuis fort longtemps. Ce sont eux qui ont cru les mensonges de Nigel Farage, leader du parti d’extrême-droite, sillonnant le pays de long en large avec son bus où l’on pouvait lire, “nous voulons reposséder notre pays!” Ce sont eux qui ont cru l’affiche publicitaire montrant une queue interminable de migrants couleur de peau basanée, voulant s’installer aux fins-fonds du Yorkshire. Deux mots sur cette affiche ont suffi pour faire ressurgir les démons de l’isolationnisme et du complexe de race pure – “Breaking Point” (point de rupture).

La schizophrénie et l’hypocondrie des Anglais vis-à-vis de l’UE ne datent pas de 2016. Cela fait plus de 40 ans que les Anglais se sentent aussi européens que les Corses se sentent français. Cela provient du fait que comme la Corse, l’Angleterre est une île. Tournée éperduement vers les yeux langoureux des Etats-Unis et vers le passé calfeutrant d’un empire où le soleil ne se couche jamais, les Anglais n’ont que faire de l’Europe continentale et de son union. Et pourtant, ils ont besoin de cette Europe qui les attire et les fascine. Et c’est plutôt cela qui les rend fou!

Oui, l’argent fait tourner les campagnes politiques, mais autant que je sache, l’argent n’a jamais mis le bulletin dans l’urne.

 

photo: The Independent

 

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