A Nous La Petite Anglaise: La Djihadiste De L’Hotel ISIS

djihadiste

L’encrier de Charlie Hebdo à peine vidé à ce sujet, voici que la Cours pénale internationale de La Haye (CPI) (rien à voir avec Brigitte!) tient sa première candidate pour passer devant les tribunaux. Dans son coup-de-gueule intitulé, “les djihadistes, dans quel bac?” Gérard Biard a fait référence au rôle que pourrait jouer la CPI dans le jugement des djihadistes et leurs complices qui auraient osé retourner au bercail (CH du 6/2/19).

La petite Shamima Bergum a fait très fort. En 2015, accompagnée de deux copines, cette gamine alors âgée de 15 ans a séché son cours de maths pour prendre l’avion à destination d’Istanbul. Quelques heures plus tard, elle se retrouva entre les mains habiles d’un passeur et se faufila entre les mailles de la frontière syrienne pour enfin vivre dans le pays de ses rêves islamiques.

Dans un scoop publié par le très sérieux et “very British” Times de Londres, cette gentille jeune fille nous fait part du fait qu’elle a (enfin) pris de la bouteille, et s’est rendue compte que le califat ne ressemblait en rien à celui des cartes postales qu’elle admirait éperdument sur le net.

Shamima est une jeune femme d’expérience malgré son tout jeune âge. En quatre ans, elle a rencontré et épousé un djihadiste hollandais dans les 10 jours suivant son arrivée, perdu deux bébés, a vu des têtes sans corps dans des poubelles, et assisté en direct à des exécutions de journalistes étrangers. Aujourd’hui elle se retrouve enceinte d’un troisième mini-djihadiste, à 19 ans.

Shamima concède que c’est une adolescente bête qui a séché ce fameux cours de maths pour se retrouver dans le califat. Elle en avait peut-être marre du coin perdu de Londres où elle vivait. Il est vrai que le quartier londonien de Bethnel Green ne ressemblait en rien à Juan-les-Pins, et cette gamine fort influençable ne rêvait que d’une plage dorée non loin d’un hôtel ISIS.

Sa nonchalance et l’absence de regrets font froid dans le dos. Shamima resta très cool lorsqu’elle se trouva face-à-face pour la première fois avec une tête humaine sans corps, gisant dans une poubelle,

Lorsque j’ai vu ma première tête tranchée, cela ne m’a pas effrayé du tout. Elle provenait d’un combattant capturé sur les champs de bataille, un ennemi de l’Islam. J’ai seulement pensé à ce qu’il aurait pu faire à une femme musulmane s’il en avait eu l’opportunité.

Sans le savoir, Shamima avait découvert comment solutionner les problèmes de viol et d’harcellement sexuel. Qu’on leur coupe la tête au lieu des couilles!

Dans son entretien, Shamima nous montre à quel point les islamistes sont parano, voyant des espions de partout. Une de ces copines de voyage a perdu la vie à cause d’une histoire à la James Bond. Quant aux journalistes étrangers, ils travaillent tous pour la CIA ou la FBI. Pas de problème, alors, qu’on leur coupe la tête!

Les journalistes peuvent aussi être des espions, qui entrent en Syrie clandestinement. Ils sont une menace pour la sécurité du califat.

En décrivant sa vie dans le califat comme étant “normale”, Shamima Bergum me fait penser à un autre charlatan qui pensait vivre une vie normale au sein d’une idéologie maléfique – Adolf Eichmann. Ce fonctionnaire assidu et sans imagination a, malgré lui, participé à la tentative d’extermination du peuple juif. Lors de son procès à Jérusalem, en 1963, la philosophe allemande Hannah Arendt a décrit Eichmann comme étant un homme tout à fait normal, ayant l’air plus bête que méchant, et incapable de penser. Il ne faisait que son boulot, sans réfléchir une seconde aux conséquences de son travail. Le mal était devenu la banalité du mal.

Mon opinion est que le mal n’est jamais ‘radical,’ qu’il est toujours extrème, et qu’il ne possède ni profondeur ni dimension démoniale […] Il défie la pensée, comme je l’ai dit, parce que la pensée essaye d’atteindre quelque profondeur, d’aller aux racines, et du moment qu’elle a à faire au mal, elle est frustrée parce qu’il n’y a rien. – Hannah Arendt

Pour Arendt, ce qui fait vraiment peur, c’est que n’importe qui peut faire le mal sans le savoir, et avec une banalité quotidienne. Cela peut être vous, moi, ou une écolière provenant d’un quartier monotone de la capitale britannique.

Le problème avec Eichmann était précisément qu’il y avait tellement de gens comme lui, et qu’ils n’étaient ni pervers, ni sadiques, et qu’ils étaient, et le sont encore, terriblement et affreusement normaux. Du point de vue de nos institutions légales et de nos normes morales, cette normalité était bien plus terrifiante que toutes les attrocités réunies. – Hannah Arendt

Il est indéniable que Shamima reste radicalisée en dépit de ses désirs de se réconcilier ave le monde occidentale en général et sa famille londonienne en particulier. Mais est-ce possible de la laisser revenir à la maison sans la juger ou même l’incarcérer? Certains prônent sa réhabilitation. D’autres au contraire sont partisans d’un jugement exemplaire et sévère, ou d’un refus de la laisser revenir.

Gérard Biard propose une troisième voie, celle d’un tribunal international qui serait plus en accord avec le phénomène de radicalisation qui prend de plus en plus un aspect international qui dépasse nos frontières. Si elle revient, il serait juste que Shamima Begum ne soit pas jugée par une cour criminelle cachée dans un quartier anodin de Londres, mais devant un juré d’une cour internationale d’envergure mondiale.

En quittant Londres, la jeune écolière, désormais adulte, a pris ses responsabilités. Elle a choisi de s’associer à un régime politique et spirituel coupable de crimes contre l’humanité. Il sera difficile de fournir des preuves de son implication directe dans des faits monstrueux, mais il est clair qu’elle a aux moins soutenu et facilité l’exécution de ces crimes. Ce n’est pas à Londres de juger, mais à La Haye.

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